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Carnet d'expédition

Transpacifique – Semaine 4

Tout comme les semaines précédentes, la quatrième et dernière grosse semaine s’est bien passée. Lors de l’écriture du dernier hebdo, le vent se levait, ce qui était de bonne augure pour notre arrivée. Malheureusement, le vent n’aura pas été de la partie toute la semaine, loin de là. 

Nous commençons donc ce dernier tronçon avec beaucoup de vent et une grosse houle. Point fort, on avance bien, point faible : ça nous brasse, c’est sportif à barrer ; on ne peut pas tout avoir quand même. Certaines vagues sont si grosses que le bateau se couche à plus de 45°: démentiel ! Nous revoyons aussi des dauphins sauter dans l’après-midi. Nos amis semblent apprécier notre présence et n’ont pas peur de nager auprès du bateau.

Le lendemain, les conditions ne se sont pas calmées. Nous avons toujours du vent au plein travers (environ 18 à 20 nd) donc on avance bien. Si bien qu’on fait des journées à 150mn. C’est 50mn de plus que notre moyenne en Atlantique ! Avec cette vitesse, nous devrions arriver aux marquises d’ici 7-9 jours ! Il nous reste moins de 900mn à parcourir et c’est aujourd’hui la journée où nous passons sous la barre des moins de 1000mn. On ne voit pas de bateau, et ce, depuis le deuxième jour de navigation pour ma part. Nous sommes seuls dans cet océan.

Seuls, pas vraiment. Nous communiquons toujours avec nos familles. Nous sommes contents des retours sur les articles et de savoir qu’ils plaisent aux personnes qui découvrent notre voyage. C’était aussi l’objectif : faire rêver à travers nos histoires. Il y a de plus en plus de monde qui nous suivent et les récits fédèrent la communauté. Parfois je n’ai pas envie d’écrire mais jamais je ne regrette. C’est plus facile d’écrire en mer : tous les jours j’ai du temps pour me poser, chose quasiment impossible à terre.

Après un si bon début de semaine, il fallait bien que l’on se rappelle que toutes les bonnes choses ont une fin. Tout roule toujours au bateau, mais le vent a faibli et tourné. Nous sommes maintenant au vent arrière nous allons donc moins vite. Nous sommes obligés de tangonner le génois pour éviter qu’il ne s’évente et ne faseille.

Dans les faits, nous utilisons une sorte de grande poutre, le tangon, que nous fixons sur le mât de grand voile et sur le génois à l’autre bout pour tendre la voile. Avec cette configuration, le génois se retrouve déporté sur le côté du voilier, à l’avant ce qui le déséquilibre. Ainsi, le bateau roule de tribord à babord, aidé par une houle croisée de dos… Et si le bateau roule, nous aussi dans nos lits. Mais bon, ce n’est pas grave car nous arrivons bientôt.

Aussi, j’ai failli à mon tour me prendre un poisson volant dans la tête. Emilien et Lucas ont déjà expérimenté cette douloureuse expérience et j’ai eu le droit à un avertissement. Le poisson est passé si près que sa nageoire m’a touché le visage ! Globalement, nous avons régulièrement des poissons volants qui atterrissent sur le bateau et donc, il arrive qu’ils jouent aux kamikazes avec nous. Le pire c’est que ces attaques sont de deux types : physique et olfactive car ces poissons sentent vraiment très fort ! 

Mise à part, ces petites animations, pas grand chose se passe sur le Noddi, nous avançons plus doucement que d’habitude et les conditions météo se calment vraiment. Du coup, il était temps d’agir. 

Les batteries étaient faibles. Le frigo était en mode hors fonctionnement la nuit. Ça arrive lorsque l’on tire trop sur la batterie en journée donc nous nous sommes mis en mode économie d’énergie. Ensuite, il fallait donner un petit coup de pouce aux panneaux solaires : une seule solution s’offrait à nous, faire tourner le moteur pour que l’alternateur fasse son travail. Pour les plus assidus, vous vous souviendrez que notre bon vieux diesel Perkins était en rade mais que ce ne devait pas être grave. Il était donc temps de vérifier ça et de redémarrer le moteur ! 

Entre midi et deux, nous avons passé 2h30 avec Emilien à repurger les circuits de diesel, à vider de nouveau les bols décanteurs, à vérifier que le moteur n’était pas grippé… Il y avait encore pas mal d’eau dans les réservoirs et l’opération fut longue. 

Finalement, après une pause casse-croûte, nous avons essayé de le redémarrer : en vain. Même avec le start-pilote. Du coup, rebelote, nous repurgeons le circuit qui avait encore un peu d’air dedans. On réitère le démarrage : bingo ! Le moteur démarre mais cale immédiatement. Donc, pour la troisième et dernière fois, nous repurgeons le circuit et redémarrons le moteur. Cette fois-ci, il prend vie ! Le bon vieux Perkins tourne rond ! Quel bonheur. Nous crions de joie à ce moment-là : le moteur est réparé, les batteries se rechargent et l’arrivée aux Marquises sera facilitée. Nous devons tout de même vider les bols décanteurs régulièrement pour ne pas remettre de l’eau dans le moteur. Nous étions à moins de 500mn de l’arrivée, le vent se relançait et tout semblait s’aligner pour nous.

Les trois derniers jours de la traversée se sont passés sans encombre. Malgré un vent capricieux qui ne voulait pas nous faire avancer ou sinon, pas dans la bonne direction, nous avons dû prendre notre mal en patience. Nous étions si excités d’arriver ! Nous n’avions plus beaucoup de légumes frais, les conditions n’étaient pas parfaites, mais juste l’idée de bientôt arriver nous comblait de joie. Et, comme un signe d’espoir, nous avons vu notre premier voilier ! Il était derrière nous et avançait plus vers le 300° que nous.

Le jour J, nous savons que nous arriverons de nuit. Ce n’est pas un problème normalement mais ce jour là, il y avait pas mal de vent. 

Nous sommes donc dans la nuit du 9 au 10 mai et Lucas est à la barre. C’est lui qui verra la terre en premier. Puis Emilien lors de son quart et enfin moi. Elle est là, sur notre tribord. Majestueuse, Hiva Oa s’étend de tout son long et l’immense masse sombre vient perturber l’immensité de l’océan. Après 30 jours au milieu de l’eau, le spectacle semble irréel.

L’île n’est quasiment pas éclairée ce qui renforce son côté sauvage. Les formes qui se dessinent sur le ciel étoilé sont escarpées et nous pouvons imaginer une terre primaire, inexplorée.

Nous affalons toutes les voiles et allumons le moteur. Première petite victoire puisque celui-ci démarre sans encombres. Ensuite, nous prenons le cap vers notre arrivée supposée, une crique qui sert de mouillage pour les voiliers qui arrivent du Pacifique. Celle-ci n’est pas du tout éclairée, nous décidons donc de ne pas trop nous enfoncer dedans car la carte marine nous indique que la manœuvre est compliquée. 

Dès que entrons dans la crique, les odeurs de terre nous embaument. La terre, les fleurs, la végétation, les algues… Nous sentons tout ! Nous avions sans doute oublié comment tout sentait si bon et si fort. Après un mois sans odeurs, nos sens sont en ébullition. Pour moi, le meilleur moment de la traversée.

C’est donc dans cette explosion olfactive que nous manœuvrons le bateau et que nous posons l’ancre. Ça y est, nous l’avons fait, nous sommes aux Iles Marquises ! Après 30 jours de navigation, nous posons l’ancre dans la baie de Hiva Oa, une des îles de l’archipel. Moment de joie intense, nous savourons notre victoire à 4h30. Nous entendons les vagues de briser sur une digue, les falaises se dessinaient tout autour de nous.

Le lendemain, après une très courte nuit (sous le coup de l’excitation, il était difficile de dormir réellement) nous découvrons le paysage qui s’offre à nous. Nous sommes au paradis ! Nous voyons les maisons polynésiennes aux toits de tôle colorés, elles sont posées sur des collines abruptes et verdoyantes. Nous découvrons aussi une faune et une flore que nous avions jamais vue auparavant. De grands oiseaux noirs avec une protubérance rouge sous la tête volent au-dessus de nous. Face au Noddi, surtout, s’offre à nous un décor de film : un immense cirque verdoyant, fait de falaises tombant dans l’océan. Le haut de la formation montagneuse est dans les nuages et les falaises semblent ne jamais s’arrêter de grimper. Au loin, nous apercevons ce qui ressemble à des bananiers. 

Tout ce qui nous entoure est sauvage, magnifique et primitif. Nous savions que ces îles faisaient partie des plus beaux endroits du monde mais nous ne nous attendions pas à cela. 

Nous redéplaçons le bateau d’une trentaine de mètres pour nous éloigner d’une nasse et, enfin, nous gonflons l’annexe pour aller à terre. Nous partons à la découverte de Hiva Oa !

Nos pensées vont également naturellement vers Monsieur Cuilleret, concepteur de notre magnifique voilier. Son nom : Noddi laisse bien évidemment penser que cet homme l’a imaginé pour arriver jusqu’ici, c’est donc avec beaucoup d’humilité que nous renouvelons nos remerciements, avec une pensée pour l’homme et l’œuvre.

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17 Commentaires d’article de blog
  • Hortense
    mai 23, 2022Répondre

    J’ai découvert votre projet il n’y a pas longtemps et vous faites rêver mon âme de navigatrice ! J’ai dévoré vos articles et regardé toutes vos vidéos, et on a l’impression de vivre cette expérience avec vous, c’est juste incroyable ! Bon vent les gars et kiffer bien la terre ferme !

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Merci bien Hortense, ça nous fait chaud au cœur. Nous avons prévu de publier beaucoup de choses dans les jours qui viennent. Restez attentive !

  • Jean-Luc et Florence
    mai 22, 2022Répondre

    Bonjour les jeunes, bravo pour les traversées océaniques, ca fait envie !

    Je suis content que la Noddi ait fait ces preuves, je me souviens de la première visite où vous l’aviez scruté avec intéret ! Dire qu’il allait partir à la casse !

    Bonjour de la Ciotat !

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Bonjour à vous ! Quel plaisir de vous lire, en effet le bateau tient toutes ses promesses et aujourd’hui nous parcourons le globe avec lui ! Que de chemin parcouru !

  • sebastien
    mai 15, 2022Répondre

    Encore un super article de léo , toujours aussi agréable à lire 🙂
    bravo à vous 3

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Merci Sébastien !

  • Daniel et Jeanne Marie
    mai 14, 2022Répondre

    Quelle belle aventure, merci pour ce récit Léo, nous avons ressenti avec vous les odeurs,
    admiré les couleurs, vibré avec vous pour la capture de ce magnifique poisson, suivi avec vous en pensées votre traversée avec ses hauts et ses bas…..
    Profitez en bien, on attend les photos !

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Daniel et Jeanne Marie, très heureux que ce récit vous fasse voyager ! Très bientôt de belles images sur notre chaîne Youtube

  • Mireille dumeou
    mai 14, 2022Répondre

    Magnifique écriture . J ai l impression de voir l immensité de l océan et votre arrivée aux Marquises. Je voyais la végétation et les couleurs. Bravo les gars vous êtes admirables.

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Un grand merci pour ce chaleureux commentaire Mireille, de nombreux contenus arrivent dans les prochains jours.

  • Carpentier Claude/Nicole
    mai 13, 2022Répondre

    C’est toujours avec grand plaisir et impatience de recevoir le compte rendu de votre aventure et surtout de te lire mon Léo et ressentir toutes ces émotions que tu nous fait partager. Bravo les garçons et profité de ce joli endroit paradisiaque que sont les Marquises.

  • Stéphanie
    mai 12, 2022Répondre

    Bravo pour ce magnifique article; j’ai l’impression, en le lisant, de ressentir toutes vos émotions ! J’ai adoré !

  • Motard
    mai 12, 2022Répondre

    Bravo pour ce magnifique article; j’ai l’impression, en le lisant, de ressentir toutes vos émotions ! J’ai adoré !

  • Sandrine
    mai 12, 2022Répondre

    Quel article captivant!! Comme tous les autres d’ailleurs! Mais celui-ci, cette magnifique description des lieux et de vos émotions après cette si longue traversée, a une tout autre saveur pour ta petite mamounette… Merci mon grand et bravo à vous 3! Profitez de ces moments uniques et revenez-nous avec autant de photos et de souvenirs à raconter que possible.

  • Monique
    mai 12, 2022Répondre

    Superbe article, bravo Léo et bravo à vous trois. Cette traversée, vous nous l’avez fait vivre presque en live! Félicitations ! Vous avez mérité de vous reposer et de prendre le temps de visiter ces îles de rêve.

  • Christian
    mai 12, 2022Répondre

    Chapeau les garçons, vous êtes des « chefs aventuriers ». Vos récits nous font vibrer. Qu’est-ce que je vous envie !

  • Danièle Ruibet
    mai 12, 2022Répondre

    Ça fait vraiment rêver ! Quelle chance de pouvoir découvrir cet Eden ! Mais quel courage justement d’y être arrivés ! Magnifique récit de Léo 👍 ! Je vous kiffe les gars! !!!!

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