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Carnet d'expédition

Transpacifique – Semaine 3

Encore une nouvelle semaine sur le Pacifique. Après une semaine passée pleine de rebondissements, avec le moteur et les coups de pétole, nous démarrons cette nouvelle portion sur les chapeaux de roues. Ici, le vent s’est enfin levé ! Nous avons une quinzaine de nœuds en plein travers et on avance super bien ! Ça fait plaisir de retrouver à nouveau un bon rythme.

Par contre, ce lundi marque aussi le retour d’Hector… Il est réapparu le soir : pas de doutes, c’était bien lui comme nous l’a prouvé sa plume manquante. Il chassait les poissons volants. Il était en altitude à attendre que ses proies sortent de l’eau : une fois sorties, il fonçait en piqué, redressait au dernier moment pour voler à toute allure sur eux en rase-mottes ! Il était si bas qu’il touchait parfois le haut des vagues. Tel un pilote de haute voltige, il suivait les poissons en épousant la forme de la mer.

Une fois lancé, il arrivait de temps à autre à en attraper en plein vol ! Impressionnant. Sinon, il redressait, prenait 10 mètres d’altitude pour ensuite piquer directement dans l’eau; le coup fatal pour ces pauvres poissons.

Il a ainsi joué pendant une heure environ avant d’aller se percher en haut du mât d’artimon pour y passer la nuit. Après nos péripéties de la semaine dernière, nous aurions dû savoir ce qui allait se passer… Et oui, après un si bon repas, il nous a repeint le pont toute la nuit ! Et le mot « repeint » est même un euphémisme… Dégoûtant ! Il y en avait partout ! Et le pire, c’était l’odeur…

Du coup, le matin, nous avons hissé un drapeau en haut du mât pour le faire fuir. C’est vrai quoi, on veut bien être gentil, mais là c’était trop !

Le lendemain, rebelote ! Un autre oiseau est venu mais on lui a clairement fait comprendre qu’il n’y avait pas de place pour lui ! Il n’était pas content de se faire chasser et essayait d’attaquer la poulie avec son bec. Il a fini par partir avant la nuit; une petite victoire !

Cette même journée marque la barre des moins de 2000 mn de l’arrivée. Une barre symbolique pour laquelle on a ouvert un pâté maison pour fêter ça ! Pour la petite histoire, nous avions fait des pâtés avec Lucas au Costa Rica pour se faire des plaisirs en mer. De délicieux pâtés de porcs et foie de bœuf.

Délicieux en théorie… le pâté n’était finalement pas très bon ! On avait visiblement mis trop de foie. Nous avons encore des progrès à faire.

Cette semaine marque aussi le meilleur jour de la traversée : la moitié, soit 1763 mn. Enfin! En deux semaines, deux jours, 2 heures et 50 minutes ! Aussi, il faut avouer qu’on avait des conditions idéales : pas trop de houle, vent plein travers avec environ 13-14 nœuds. On était rapide et ce, de façon confortable !

Du coup, c’était jour de fête : on a filmé cette journée hors du commun et on a mangé nos repas plaisir ! Le midi j’ai cuisiné donc c’était : apéro avec jambon, calamars et avocat puis, en repas, purée de butternut et saucisse confite de papi et mamie. En dessert : pastèque; un délice ! Mine de rien, nous mangeons quasiment tout le temps la même chose en alternant les féculents (riz et pâtes principalement) donc ça fait vraiment plaisir d’avoir un repas de fête de temps à autre.

Le genre de moment qui donne le sourire à tout le monde. Le soir, c’était Lucas aux fourneaux, c’était donc foie gras en entrée et saucisses frites au plat. Encore une fois c’était un moment de bonheur partagé.

Le lendemain, c’était encore journée de fête : c’était le jour de notre point Nemo, l’endroit où nous étions le plus loin des côtes. Cette fois-ci, pas de repas particulier mais juste le plaisir de se dire que nous étions à l’endroit où nous serions probablement le plus loin de la terre ferme de toute notre vie. Le vent était toujours au top et on ne voyait pas les kilomètres défiler.

Du coup, on a changé d’heure aussi. On ne l’a pas fait en fonction du fuseau horaire mais du soleil : avant, il se couchait trop tard donc on a rééquilibré tout ça. 9 heures nous séparent maintenant avec La Ciotat, notre point de départ.

Après une journée si paisible, il fallait bien un lendemain fort en rebondissements. L’après-midi, Lucas était à la barre et Emilien se reposait. D’un coup, il m’appelle fortement : il me dit qu’on a pêché quelque chose. En effet, la canne était bien pliée et j’ai donc accouru pour remonter le poisson. Malheureusement, à peine arrivé, l’animal s’était détaché et j’ai remonté l’appât seul. L’hameçon était complètement tordu et rouillé ! Du coup, on a remonté une nouvelle ligne avec Émilien.

Ensuite, alors que je me reposais, j’ai entendu un énorme bruit de choc suivi d’un bruit de cascade. Je me lève du lit, je me retourne vers la cuisine et là, le désastre ! Une vague monstrueuse nous a percuté de côté et était passée par-dessus le bateau. Ça arrive de temps à autre mais là, le problème, c’est que le hublot de la cuisine était ouvert… tout était trempé. J’entends aussi un petit cri à l’avant, venant d’Emilien : lui aussi avait le hublot de sa chambre grand ouvert ! Le pauvre était trempé jusqu’aux os, les matelas étaient remplis d’eau ainsi que les coussins et le sol. On a donc dû tout éponger, Émilien a sorti ses affaires qui étaient gorgées d’eau et nous les avons mises à sécher.

Plus tard dans l’après-midi, alors que je regardais une série, j’ai entendu Émilien qui s’est levé en courant me faisant signe de regarder dehors. Il me criait qu’on avait encore pêché quelque chose ! Il est passé devant moi et s’est jeté sur le moulinet pour le bloquer. J’ai sorti ma tête du bateau et j’ai à peine eu le temps de voir l’animal : un gros poisson argenté.

C’est alors qu’a commencé une sacrée bataille. Nous avancions entre 6,5 et 8 nœuds dans une mer plutôt agitée et l’animal était très vif. Nous ne le voyons pas mais, comme pouvait en témoigner la canne qui était pliée en deux, le manche à la verticale et l’autre extrémité à l’horizontale, ça tirait fort ! Pendant de longues minutes, Émilien a remonté petit à petit l’animal en le fatiguant pendant que je m’équipais. Fort de notre expérience avec les dorades coryphènes, je savais qu’il fallait être prêt. J’ai donc enfilé mes gants, un gilet de sauvetage, j’ai pris un couteau ainsi qu’une gaffe pour remonter le poisson.

Émilien donnait tout ce qu’il avait pour ramener la bête, Lucas barrait et filmait la scène et moi, je me suis mis sur la plate-forme arrière, harnaché au bateau avec la gaffe à la main.

Franchement, avec la houle, rien n’était simple : lorsqu’une vague nous faisait monter, la ligne tirait super fort, et à l’inverse, Émilien profitait du dénivelé pour reprendre de la ligne. Lorsque le poisson fut à une dizaine de mètres du bateau, nous le vîmes enfin. Il était énorme ! L’animal était long et effilé, et avait des reflets argentés et bleus sur le dos. Il nageait de tout son corps en ondulant et ce n’est que lorsqu’il remonta en surface à 5 mètres derrière le bateau que je réussis à l’identifier : un marlin ! L’animal majestueux avait les nageoires dorsales et caudales bleue vif qui sortaient de l’eau et nous savions qu’il ne se laisserait pas faire.

Nous avons donc pris notre courage à deux mains. Lucas avait réussi à baisser la vitesse de Noddi et Émilien rapprocha le poisson à longueur de gaffe. Alors, je lui assainis un puissant coup sur le flanc : rien. Quelques instants plus tard, je réitérai l’action et cette fois-ci, la gaffe se planta dans l’animal !

Malheureusement, avec un puissant coup de queue, le marlin se libéra et Émilien dû lui relâcher un peu de terrain. Ce n’était que partie remise !

Quelques minutes plus tard, nous étions dans la même situation. Cette fois-ci, je réussis à l’accrocher solidement dans le ventre ! Rempli d’adrénaline, je tirai le marlin vers moi mais la poignée de la gaffe se décrocha ! L’animal bougeait tellement et était très lourd ! Nous le voyons alors repartir dans l’eau, toujours accroché à la ligne et avec la gaffe plantée. Rien n’était donc perdu.

Pour la dernière fois, Émilien ramena notre opposant vers nous. Il semblait fatigué et affaibli. Nous savions que c’était notre chance ! Une fois à l’arrière de la plate-forme, j’arrivais, par miracle à attraper la gaffe qui ne s’était pas détachée. Là, je tirais comme un diable ! Je criais aussi au même moment; je sentais enfin l’animal de tout son poids ! Il se débattait encore comme un forcené et je ressentais bien les vingt kilos au bout de la gaffe. J’avais peur de le reperdre, j’avais peur de me planter avec la gaffe, j’avais peur que sa mâchoire pointue ou ses épines dorsales ne me transpercent. Je criais à Émilien de m’aider car j’aurais du mal à le sortir de la plate-forme. Alors, dans un élan de rage, nous sommes arrivés à le mettre sur le pont. Immédiatement, je me suis jeté sur lui pour le stabiliser et éviter qu’il ne retombe à la mer. Bien que mal en point, il se défendait encore très bien ! Alors, pour abréger ses souffrances, nous avons achevé l’animal avec le couteau.

Nous étions victorieux ! Après l’épisode des dorades coryphènes de l’Atlantique, nous avions notre revanche. Un petit clin d’œil tout de même à Nathanaël, notre ami qui nous a offert la gaffe en Martinique; il avait raison, c’était indispensable.

Le poisson était énorme : plus d’un mètre cinquante ! Un profond sentiment de respect se dégagea de la scène: il s’était bien battu mais, cette fois-ci, nous étions plus forts. S’en suivi alors, une longue heure et demi d’atelier poissonnerie : nous le vidons, l’écaillons et nous levons un filet que nous découpons en darnes. Nous essayons d’en garder un maximum dans le frigo mais le poisson est trop gros. À contrecœur, nous décidons avec Lucas de faire une offrande à la mer des restes de l’animal. De notre côté, nous avions du poisson pour au moins 5 à 6 repas ! C’est d’ailleurs ce que nous mangerons le soir; marlin au citron et à l’ail. Pareil le lendemain midi. Que c’est bon de manger du poisson frais !

Pour finir, cette journée était aussi bonne pour notre moyenne : 160mn parcourus !

Les jours qui suivirent furent plus calmes puisque le vent avait tourné. Nous nous retrouvons donc au vent arrière, faible et n’avançons pas aussi bien que les jours précédents et la houle nous fait bien bouger. Nous avons même affalé la grand-voile et utilisé le tangon sur le génois pour tendre le génois. Heureusement, ce ne sera que passager.

En tout cas, le marlin était super bon ! On en a mangé grillé, au citron et à l’ail, en tempura et en ceviche (l’influence costaricaine semble encore bien présente).

En cette fin de semaine, le vent semble se relancer comme prévu. Nous ne sommes plus si loin des Marquises et la bonne humeur est toujours présente à bord. Comme un signe, nous finissons cette semaine par un spectacle de la nature. Le soir, un énorme banc de dauphins est passé autour du bateau ! C’était magnifique. Ils sautaient hors des vagues et avançaient en profitant de la poussée de la houle.

Avec le coucher de soleil, les reflets orange flamme sur l’eau sombre et les dauphins qui sautaient au loin, c’était comme un rêve. Heureusement, Lucas a filmé (bientôt disponible sur notre chaîne YouTube) ! Un beau présage pour cette quatrième semaine à venir.

Rendez-vous la semaine suivante pour la suite de la transpacifique.

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