Carnet d'expédition

Premier échantillon du paradis : Les Marquises

Les Marquises. Comment raconter cet endroit exceptionnel en tous points de vue ? Après maintenant deux semaines que nous sommes ici, nous avons eu la chance de découvrir la petite île de Hiva Oa, connue pour être la terre d’accueil de Jacques Brel et de Gauguin.

Dans le dernier hebdo, nous arrivions dans une petite baie au sud de l’île. Puisque nous étions arrivés de nuit, nous étions restés à l’extérieur, mais la houle et le vent nous ont poussés à nous rapprocher du fond de celle-ci. Il y a peu de places au mouillage, si bien que nous faisons un repérage avec l’annexe avant d’aller mouiller à l’intérieur. Je me retrouve donc dans notre petite cacahuète à vadrouiller entre les voiliers au mouillage. Émilien m’avait donné un fil plombé pour sonder la hauteur d’eau car nous savions aussi que la carte n’était pas très fiable. 

Notre premier mouillage avant de nous déplacer

Je découvre donc le paysage plus en détail : une plage de sable noir et de galets se situe au fond de la baie. La végétation est luxuriante, d’un vert vif et intense. Au-dessus de nous, perchées sur les flancs abrupts, des maisons aux toits de tôle nous surplombent; la vue doit être magnifique d’en haut ! L’eau n’est pas du tout transparente mais plutôt verte et semble bien trouble, ce qui ne nous invite pas particulièrement à nous baigner… À l’entrée de la baie, il y a une digue qui fait office de port avec des bateaux de pêches amarré. Tout est beaucoup plus calme une fois cette protection passée et je peux faire mon petit sondage tranquillement. Tout calme, pas vraie non plus puisque nous verrons des requins et des raies dans la baie plus tard dans la semaine.

Finalement, il y a de la place et nous déplaçons le bateau rapidement. Nous nous mettons à la limite de la zone de mouillage, l’étrave attachée à une grosse bouée et la proue tenue avec l’ancre. Plusieurs autres bateaux étaient là aussi de manière radiale à la bouée. Une fois installé, il était tant de visiter cette île magnifique.

Tout d’abord, nous avons rencontré Vincent, de MMS, le fameux centre de maintenance qui nous a tant aidé pour le moteur pendant la transpacifique. Il doit avoir la quarantaine, possède le chantier naval et est adorable. Il nous accueille sur le chantier et met à notre disposition les sanitaires : le bonheur ! Peu de personnes peuvent comprendre le plaisir de la douche après un mois de mer ! Le sel qui sort des cheveux, l’eau douce, les peaux mortes qui s’en vont, … Un petit moment d’extase ! 

Sur le chantier, nous retrouvons aussi Marc, accompagné de Charlie, la vingtaine, que nous avions rencontré en Martinique. Décidément, le monde est petit ! Ils sont arrivés il y a une semaine et doivent sortir le beau catamaran de 52 pieds de l’eau. La manœuvre semble compliquée car ils n’auront plus de safran, si bien que nous leur proposons notre aide.

Cette présence nous fait du bien. Voir du monde, discuter, parler des aventures des uns et des autres… Tant de choses qui nous manquaient en mer. Nous rencontrons les marins d’ici: tous plus incroyable les uns que les autres. Entre les familles avec des enfants, les retraités, les jeunes et les vieux loups de mer, que des marins expérimentés qui ont a minima fait le même trajet que nous. Pour certains c’était la première fois, pour d’autres une traversée de plus. Cette ambiance est bienveillante, pas de compétition, juste de belles histoires à raconter, de l’entraide et du partage.

Nous rencontrons aussi nos premiers Marquisiens : de grands gaillards au teint hâlé, cheveux bien noirs et, pour la plupart, de gros tatouages maoris. Ils ne sont pas forcément tous bavards mais sont toujours aimables et serviables. Malgré leur ossature incroyable, une gentillesse et une douceur se dégagent de certains d’eux. Toujours à dire bonjour, « kaoha », toujours à aider, à offrir. Cette philosophie nous marque au début : nous ne les connaissons pas, mais ils nous offrent des fruits, du gâteau, certains viennent discuter alors que nous sommes juste de passage et on nous prend même en stop sans que nous l’ayons demandé. Une forme d’humanisme.

Photo : Vijesh Datt

Après ces premiers échanges nous allons à Atuona, ville principale de l’île. Celle-ci se trouve environ à une demi-heure de marche. En route, nous marchons le long de jardins luxuriants : il y a des arbres fruitiers partout ! Nous mangeons des mangues tombées au sol et des caramboles directement cueillies sur l’arbre ! Tout comme dans le chantier naval, il y a des poules et des coqs partout en liberté qui se cachent à notre passage. La vie n’est pas trop dure pour elles : pas de prédateurs, la liberté et des mangues fraîches à manger ! Finalement, nous sommes un peu comme ces poules et nous profitons de cet environnement exceptionnel.

La ville est plutôt petite mais bien fournie en services. Il y a une banque pour retirer des francs polynésiens, la monnaie locale, des supermarchés, un centre d’exposition d’artisanat, une poste, le musée Gauguin et Brel et divers restaurants et guinguettes plus ou moins ouverts.

Ce qui nous marque, c’est cette ambiance : tout en simplicité. Ici, tout le monde se connaît, on nous dit bonjour et on discute avec les locaux. Nous voyons aussi nos premiers tiki, ces statues de pierre gravées qui décorent la ville. Il y en a dans chaque endroit important de la ville : devant le terrain de foot, devant la gendarmerie et surtout, partout sur l’esplanade du village.

Lorsque nous arrivons dans ce centre névralgique, nous sommes accueillis par un groupe de femmes qui chantent et jouent du ukulélé : presque cliché mais tellement authentique. Nous nous laissons bercer par la mélodie et le temps semble s’être arrêté.

Moment magique à notre arrivée au centre du village

À la suite de ce moment d’exception, nous visitons la galerie. Nous retrouvons les fameux tikis sculptés dans de la pierre ou du bois, d’autres statues, des lances traditionnelles faites en bois, des bijoux avec des perles ou des graines et surtout, des tapas. Rien à voir avec la gastronomie espagnole, ce sont des peintures faites sur des feuilles traditionnelles qui ont des significations spirituelles. Les dessins sont faits de symboles qui ont chacune une symbolique différente. Nous apprenons aussi qu’il en va de même pour les tatouages. Ces explications nous plongent directement dans une culture que nous ne connaissons pas.

Petit Tiki d’Hiva Oa

Finalement, nous comprenons mieux pourquoi tant de voyageurs se sont arrêtés ici : la vie est simple est apaisante. Nous comprenons aussi pourquoi les Polynésiens sont aussi costauds : les assiettes servies sont énormes ! Le choc est même assez brutal par rapport à notre vie en mer.

Néanmoins, nous nous faisons vite au train de vie local. Nous commençons à connaître certains locaux et je profite de chaque aller-retour en ville pour faire le plein de mangues ramassées au bord de la route. Nos journées s’articulent autour des bricolages à faire sur le bateau et des montages des vlogs pour Lucas. Dans l’après-midi, nous allons en ville pour flâner et jouer à la pétanque, le sport national. Jamais nous n’aurions cru ça ! La pétanque comme sport principal devant le foot… comme quoi, même le sport le plus populaire à Marseille s’est exporté. Pour être honnête, nous nous faisons battre à plate couture sauf Emilien qui fait parfois honneur à ses années Marseillaises. Nous nous lions d’amitié avec Joyce, Philippe et Pascal qui se joignent à nous chaque soir.

Partie de pétanque nocturne dont nous avons pris l’habitude

Plus tard dans la semaine, vient le jour tant attendu de la sortie de l’eau du catamaran de Marc. La veille, ils ont démonté les safrans pour le sortir et le bateau se retrouve donc sans gouverne. La sortie de l’eau ne semble pas gagnée d’avance : il va falloir déplacer le bateau de 11 tonnes jusqu’à la mise à l’eau pour le positionner au-dessus d’une remorque hydraulique qui le soulèvera. Il y a peu de marge de manœuvre sur la mise à l’eau qui est entourée de deux murets et le vent souffle travers. Nous nous répartissons donc les tâches : Emilien sera en annexe avec une autre personne pour aider le bateau à manœuvrer, je serais à bord avec Charlie et Marc pour la manœuvre et Lucas, fidèle à son poste, sera à terre pour filmer l’événement, caméra et drone à la main.

Diversion catamaran d’exception, sorti de l’eau, se rapprochant du chantier naval

Comme prévue, la manœuvre n’est pas simple : le bateau doit rentrer en marche arrière et avec le vent, il se fait dangereusement déporter sur le côté. Émilien et son acolyte poussent tant bien que mal le bateau pour maintenir son cap. Marc gère les gaz et les propulseurs d’étrave comme il peut mais il aura fallu s’y reprendre à plusieurs fois. Lors de la manœuvre, Charlie indique l’alignement à Marc avec l’aide de Vincent qui est à la remorque.

Vient alors le moment fatidique : passer au-dessus de la remorque. Charlie et moi jetons nos amarres au personnel à terre et guidons Marc avec des par battages. Une fois le bateau amarré au tracteur ça y est, ce n’est plus de notre ressort mais celui du personnel qui manœuvre la remorque hydraulique pendant de longues minutes pour l’aligner. Petit à petit, ils montent les berres de la remorque et commencent à soulever le beau bateau. Une fois soulevé, la pression commence à redescendre : le plus dur est fait ! Le chantier déplace le bateau qui rentre tout juste dans le portail et ils le mettent à sa place. La pression retombe finalement et un mélange de joie et de fierté prend place. Quel moment incroyable !

Diversion le magnifique catamaran de Marc — Déjà rencontré en Martinique après notre transatlantique

Le soir, nous dînons avec Marc et Charlie à bord du Diversion. Le bateau est incroyable ! Rien à voir avec le Noddi : tout est plus grand, plus performant, plus confortable… Sans parler de la cuisine ! (qui a même un four). Ce bateau est magnifique en tout point de vue et cocorico, il est de construction française ! Ils nous racontent leurs aventures et nous passons une superbe soirée. 

Pour nous remercier de notre aide, Marc nous invite à visiter l’île avec eux, accompagné d’un guide, Blaye, un marquisien spécialiste de la culture polynésienne. Nous sautons sur l’occasion pour découvrir les Marquises, l’île de Hiva Oa et ainsi commencer à palper cette culture unique.

À suivre.

4 Commentaires d’article de blog
  • Sébastien
    mai 25, 2022Répondre

    Très beau récit , on voyage avec vous 😎
    Bravo pour ce bel article très riche

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Merci Sébastien ! On continue !

  • Monique et Christian
    mai 24, 2022Répondre

    0n s’y croirait! Merci Léo pour tes récits toujours aussi authentiques qui nous font rêver.
    Quel beau témoignage d’entraide ! Quelle superbe aventure pleine de belles et riches rencontres! Vive Jybe!

    • JYBE
      juin 11, 2022Répondre

      Merci à vous Monique et Christian ! Promis, on continue à vous proposer beaucoup de belles choses !

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