Carnet d'expédition

TRANSPACIFIQUE – SEMAINE 2

Nouvelle semaine sur le Noddi, à la conquête de la traversée de l’océan Pacifique. Le dernier hebdo s’était terminé sur une triste nouvelle : le moteur ne fonctionnait plus. Ce sujet nous a donc animés une bonne partie des jours suivants. Fort heureusement, le vent fut de la partie.

C’est donc toutes voiles dehors que nous avons entamé cette nouvelle semaine avec 15 à 30 degrés de gîte. Bon, d’accord, ce n’est pas confortable mais on avance super bien ! Si bien que le lundi, nous battons notre record journalier de distance parcourue : 163 mn (302 km). Comme quoi, les voiles sont plus efficaces que le moteur.

À cette vitesse, nous ne revoyons pas de requins. Par contre, les oiseaux continuent de nous accompagner mais en volant cette fois-ci ! Ils profitent des voiles pour se reposer en vol comme font les oies sauvages quand elles migrent : ils se mettent en V et considèrent le bateau comme l’un des leurs. Un moment magique !

Nous profitons aussi du silence laissé par le moteur pour discuter entre nous et ça fait du bien ! En bref, un début de semaine de rêve.

Mais tout cela n’allait pas durer ; il fallait bien que le vent se calme. Après avoir battu notre record et passé la barre de 1000 mn (1854 km) parcourus, le vent est tombé ce mardi. Cette accalmie nous a permis de travailler une première fois sur le moteur pour commencer à poser un diagnostic : démontage du cache culbuteur, vérification de l’état, vérification de l’état des décanteurs, vérification du liquide de refroidissement de l’échangeur thermique…

Nous ne sommes pas des spécialistes et nous travaillons sous la supervision de Jean, le papa d’Emilien et de Michel (son beau-père). Depuis le début de la panne, Jean est à fond sur les forums nautiques pour trouver de l’aide et Michel est un super mécano donc nous nous sentons bien entourés.

Résultat ? Rien d’anormal. En tout cas à nos yeux moins avertis. Les niveaux des liquides sont normaux et il n’y a pas de « mayonnaise » sur les culbuteurs. C’est positif, ça semble écarter la théorie catastrophique du joint de culasse.

De son côté, Jean a commencé à contacter les services de réparation aux Marquises pour préparer le coup. Si nous devons commander des pièces, s’il faut aller chez un spécialiste… Ça avance pour le moteur mais pas pour Noddi qui ne parcourt qu’une soixantaine de miles…

Le lendemain, rebelote ! On pétole encore, tellement qu’Émilien et Lucas ont pu dormir pendant leurs quarts de nuit ! Nous avançons doucement et confortablement. Nous pouvons facilement lire, discuter, cuisiner, jouer aux cartes… La vie est tellement plus simple lorsque nous n’avançons pas. Nous avons même la chance d’observer des bancs de dauphins ! Il y en a tellement, une cinquantaine peut-être. Ils sont passés devant nous en sautant parfois jusqu’à 2 mètres hors de l’eau !

En l’air, ils donnent de puissants coups de queue avant de retomber en un énorme plat. Nous entendons aussi leurs évents souffler et le spectacle nous impressionne. Ce sont dans ces moments là que je me sens chanceux; lorsque je suis saisi par la beauté soudaine de la nature.

Nous parvenons à faire difficilement 80 mn dans la journée mais surtout, nous avons des nouvelles de Jean ! Il nous transmet des manipulations venant d’un centre de maintenance de moteurs diesel aux Marquises (Chantier naval MMS). Michel avait anticipé et était du même avis qu’eux.

Le lendemain, nous nous mettons donc au travail. On a vidangé l’huile moteur : pas d’eau dans l’huile donc ce n’est pas le joint de culasse. Ensuite, on a vidangé et changé le filtre à gasoil et c’est probablement de là que venait le problème : De l’eau dans le gasoil ! Du coup, cette eau devait être injectée dans les cylindres et empêchait la bonne combustion du carburant.

Le problème, c’est que l’eau vient des réservoirs, probablement dû a du diesel de mauvaise qualité et à de la condensation. Avec Émilien, on a donc dû tout purger, vider les bols décanteurs, les nettoyer, vider l’eau, petit à petit… ça nous a pris 3h ! Un petit clin d’œil à Lucas qui a barré à la place d’Emilien soit 6h d’affilée. Ce qui est bien, c’est que le problème venait probablement de là et que ce n’est pas grave. Il suffit de finir d’éliminer l’eau des réservoirs pour tenter le redémarrage. Nous verrons plus tard.

Cette journée marque aussi le retour du vent; toujours timide, un peu plus arrière, mais bel et bien présent. Nous avançons, et cette fois-ci, aussi bien sur le moteur que géographiquement. Nous entrons aussi officiellement dans l’hémisphère sud ! Un moment mythique et fort. À vrai dire, nous ne nous en sommes pas vraiment rendu compte : ce n’est que le soir, en relevant le point que nous avons vu ça. Du coup, Émilien a sorti une boite de calamars à l’apéro pour finir la journée en beauté !

Depuis ce jour, nous avançons doucement vers notre objectif. Avec un vent capricieux qui faiblit en début de nuit, il est difficile de conserver les moyennes du début du voyage et nous faisons environ 110mn par jour. Ce n’est pas grave, nous ne faisons que nous rapprocher.

Nous profitons de chaque coucher de soleil; ils sont exceptionnels en cette fin de semaine. L’air étant humide, une petite brume diffracte la lumière de l’astre et nous offre un spectacle haut en couleur ! C’est comme si le ciel s’embrasait. L’eau s’obscurcit et les reflets deviennent orange. Un spectacle hors du commun !

Autre rituel du soir, et pas des moindres : la lecture des nouvelles du jour. Quotidiennement, Jean (le papa d’Emilien) nous envoie une sélection d’articles pour nous tenir informés de l’actualité. Des nouvelles géopolitiques, en passant par les articles scientifiques, sans oublier la presse locale, les histoires farfelues et les proverbes Shadocks. Le panel qui nous est offert est large et nous diverti lorsqu’on en fait la lecture à voix haute. Un autre moment de la journée que nous partageons à trois, autour d’un repas.

Ainsi, malgré les moments de pétole de la semaine, le moral reste au beau fixe. Nous savons que nous avançons et les problèmes du moteur ne semblent pas si graves que ça.

Nous avons de nouvelles manipulations à venir mais il faudra attendre la prochaine pétole, aux Marquises nous l’espérons.

Rendez-vous la semaine suivante pour la suite de la transpacifique.

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