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Carnet d'expédition

Escale à Rangiroa : Changement de plan

Rangiroa est l’île principale des Tuamotu. Pourtant, rien à voir avec une ville urbanisée et cosmopolite : rien à voir du tout. Pour faire simple, Rangiroa ce sont 2 000 habitants, deux villages, deux passes, une route, douze kilomètres de long par 300 mètres de large. Cette petite bande habitée n’est qu’une petite partie de la ceinture de l’atoll qui est si grand que nous n’en voyons pas l’autre bout.

Pourtant, lorsque nous arrivons à terre, nous découvrons que malgré son aspect « autre bout du monde », il y a les équipements minimums nécessaires. Nous retrouvons dans le centre bourg des épiceries, des snacks, plusieurs églises, une école primaire et même une caserne de pompiers ! Bien sûr, ce n’est pas le grand luxe, mais il y a de tout. Ce qui nous marque, c’est que bien que l’atoll possède le même nombre d’habitants que Hiva Oa, notre dernière escale, et que celui-ci soit bien plus proche de Tahiti, l’endroit semble moins développé. Il n’y a pas de marinas et aucunes facilités en bateau, les rayons sont moins bien achalandés et globalement, les équipements sont plus vétustes. Plus tard, une enseignante nous confiera que Rangiroa fait office de vilain petit canard de ce côté là et que même les infrastructures scolaires sont en retrait de ce qui se fait sur les autres îles de Polynésie française.

Pourtant, l’île est importante : c’est le centre de toutes les activités économiques et sociales d’une grosse partie de l’archipel des Tuamotu ! Par exemple, dès la sixième, les enfants des atolls voisins viennent sur l’île en internat pour y faire leur scolarité (qui malheureusement s’arrête pour la plupart à la fin du collège car le lycée est à Papeete). Il y a aussi beaucoup d’habitants vivant du tourisme notamment grâce à des lodges et pensions qui accueillent des touristes sur ce spot mondialement reconnu pour la plongée. Nous avons donc un peu de mal à comprendre comment un endroit si touristique et avec un tel potentiel est autant mis en retrait.

Pour autant, dès notre arrivée à terre, ce n’est pas vraiment ce « désert » qui nous frappera mais plutôt la population. Alors que nous faisions le tour de la ville, toujours accompagné de notre équipière Serbe nous nous faisons rapidement aborder par une enfant. Pas timide, elle discute directement avec nous et nous propose de nous faire une visite. Finalement, la visite se transforme vite en accompagnement jusqu’au gymnase car pleins d’autres enfants jouaient au volley et au foot. Toujours aussi à l’aise, elle nous propose de nous joindre à eux et c’est avec plaisir que nous entrons dans le cercle. Au début, les enfants sont timides; ils nous regardent en coin et n’osent pas trop s’exprimer, mais après quelques minutes, nous faisons partie de la bande ! Nous en rêvions de ce moment de partage : jouer avec des enfants à l’autre bout du monde est quelque chose que nous voyions dans les films et romans d’aventure et là, ce sont nous et les enfants les acteurs principaux ! Le moment est assez fort pour nous.

Le jeu des passes continuera de longues minutes jusqu’à ce qu’un homme, 35 ans environ, pas très grand mais avec la carrure d’un sportif propose de faire un foot tous ensemble. Je me retrouve donc dans l’équipe de Daniel qui est pompier. L’homme est fort et tous les enfants le connaissent. Avec nous, les enfants de différentes tranches d’âge jouent et l’esprit est bon enfant : il n’y a pas de compétition mais seulement le plaisir de jouer ensemble.

C’est un moment de partage incroyable car peu de temps avant on ne les connaissait pas et maintenant nous jouons avec eux comme de vieux amis. C’est ça l’hospitalité de Rangiroa. Partout où nous sommes allés, nous avons toujours été reçus ainsi : avec bienveillance, simplicité et gentillesse.

Cela ne veut pas dire que le contact est toujours facile, loin de là ! Le lendemain par exemple, nous étions invités par Daniel pour un match de volley avec les adultes cette fois-ci et pour le coup c’était vraiment différent. Toujours cette ambiance bonne humeur mais sans le son. Pour faire simple, ils n’ont pas échangé un mot entre eux : ni pour faire les équipes, ni pour annoncer le début du match, ni dans le jeu, ni pour arrêter la partie. Tout se fait par communication non verbale et il faut avouer que c’est déconcertant, d’autant plus quand on joue assez mal au volley avec des personnes qui jouent très bien !

Volleyball à Rangiroa

C’est ça aussi la Polynésie française. Depuis les Marquises, ce n’est pas la première fois que nous nous faisons la remarque de cette faculté à ne pas parler et à s’exprimer en silence. Finalement, ils sont un petit peu comme nous : leurs îles étant leurs bateaux, ils voyagent dans le temps coupé du monde comme nous voyageons dans l’espace coupé du monde.

Coupé du monde peut être un bon terme pour expliquer les difficultés que nous avons rencontré là-bas. L’escale à Rangiroa avait deux objectifs : découvrir cet endroit dont on nous avait tant parlé et continuer de travailler pour l’association. Alors, si il est vrai que d’un point de vue dépaysement, eaux turquoise et cocotiers nous avons été servis, pour la partie travail, ça a été beaucoup plus compliqué. Pour faire simple, il n’y a que très peu d’endroits avec du Wifi et s’il y en a, la connexion est si mauvaise que juste passer un coup de fil sur What’s App est un exploit. Autre souci, les restaurants offrant une connexion se situent à l’autre bout du village et nous devons donc aussi faire du stop. Forte heureusement, les locaux sont adorables et nous prennent toujours rapidement. Tous ça pour dire que le travail de média est difficile pour Lucas.

En parallèle, Emilien et moi travaillons au bateau. Là, tout avance jusqu’au moment où, après deux heures de grattage de coque, je ressens une vive douleur à l’oreille gauche. Je sors de l’eau et je sens que quelque chose ne va pas. Par chance, le cabinet médical était encore ouvert donc j’y vais et le verdict tombe : tympan gauche percé. Me voilà donc privé de plongée et plus globalement de baignade pendant au moins un mois et demi… Émilien lui aura la chance de plonger et ce qu’il me racontera me fera rêver : il aura vu des dauphins, une tortue, des requins, des barracudas géants, … Ce n’est que partie remise en Nouvelle-Calédonie ! D’autant plus que niveau requin nous n’aurons pas été en reste sur l’atoll car un soir, nous voyons d’énormes requins gris et requins citron dans le petit port de Rangiroa. Ils sont là, à 2 mètres de nous et nous sommes bien contents de les observer du haut du ponton plutôt que dans l’eau !

Il faut bien rappeler qu’ici, la faune marine est exceptionnelle et que le requin fait partie de la normalité. Un soir, nous avons eu la chance de voir une baleine rentrer dans le lagon : spectacle incroyable, c’était plutôt incroyable car aussi tôt dans la saison. Les locaux ont l’habitude de ce genre d’animaux et lorsqu’un soir nous allons pêcher avec notre ami Daniel, il nous explique qu’il faut vite remonter le poisson sinon les requins vont le manger. Ce qu’il avait oublié de dire, c’est que lesdits requins étaient probablement des requins citrons d’environ trois mètres ! Autant dire que lorsque Emilien, qui tenait la ligne à la main comme nous tous, n’a pas réussi à remonter le poisson assez vite, il a été bien surpris !

Il remontait tant bien que mal sa prise lorsque d’un coup, il s’est envolé et s’est rattrapé à deux doigts de tomber à l’eau ! Le requin surpuissant avait failli le faire tomber à l’eau et le fil lui avait coupé le gant en cuir et une partie de la peau autour d’un doigt : ici, la pêche ça ne rigole pas.
Nous repartons tout de même avec quatre poissons : deux becs de cane et deux perches. 

Lethrinus olivaceus appellé plus couramment : Bec de cane

Après quelques jours sur place, à écumer tous les recoins de la ville, de la ferme perlière à la pizzeria, nous décidons de repartir. Néanmoins, nous sommes obligés de changer nos plans car notre escale qui était prévue : Niue, a ses frontières fermées : il faudra donc aller directement en Nouvelle-Calédonie.

Malheureusement, le peu d’infrastructures sur Rangiroa ne nous permet pas de préparer convenablement une longue traversée et nous avons encore du travail à produire avant de partir autant de temps en mer. Nous décidons donc de mettre le cap vers Raiatea, une île située à 260 mn au sud-ouest de nous, qui est censée être beaucoup mieux équipée que Rangiroa. Nous savons déjà qu’il y a des marinas, un chantier naval et des supermarchés; de quoi mieux préparer notre dernière partie de traversée du Pacifique.

Nous quittons donc ce petit écrin de paradis le samedi matin vers 8h, cap vers notre dernière escale de Polynésie française.

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5 Commentaires d’article de blog
  • Carpentier Claude/Nicole
    juin 14, 2022Répondre

    Merci pour ce récit toujours aussi captivant et les prouesses de Lucas pour la communication. Bonne continuation à vous trois vers la N.C.

  • Fanny
    juin 12, 2022Répondre

    On a hâte de lire la suite de vos aventures ! Bon vent jusqu’en Nouvelle Calédonie !

    • JYBE
      juin 13, 2022Répondre

      Merci ! Plein de belles choses qui arrivent !

  • Monique et Christian
    juin 12, 2022Répondre

    Encore un récit très intéressant ! On a l’impression de vous accompagner dans cette aventure. Prenez soin de vous. Bon vent vers la Nouvelle Calédonie.

    • JYBE
      juin 13, 2022Répondre

      Monique et Christian, merci pour ce gentil commentaire !

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