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Carnet d'expédition

De Nouméa à Bali – Semaine 1

Voilà maintenant deux mois, deux mois que je n’avais pas écrit. Le temps d’une aventure néo-calédonienne palpitante, remplie de rencontres et d’émotions. Un moment du voyage vécu à cent à l’heure. Je n’avais pas la tête à écrire pendant cette escale; l’effervescence de la terre a fait éclater la bulle de tranquillité dont j’ai tant besoin pour écrire convenablement. Je mettais donc arrêté lors de notre arrivée à Nouméa et je reprends maintenant que nous sommes de nouveau en mer. Mais ce n’est pas grave : les souvenirs sont encore frais et ce qui n’est pas encore conté le sera.

Nous sommes le mardi 13 septembre et il est temps de partir. Les conditions sont favorables et il ne pleut pas. La veille, nous avons dit au revoir à nos chers amis : bien que nous ne nous connnaissons pas depuis longtemps, l’émotion est palpable. Plus tard, Antoine nous écrira :

Je suis étonné de la rapidité avec laquelle des amitiés peuvent se créer et pour autant de l’importance et de la profondeur qu’elles peuvent recouvrir.

Peut-être qu’une des vertus du voyage est aussi de se rendre compte de ce genre de choses aussi ?

Néanmoins, il était temps de partir. Nous ne devons pas trop tarder et passer le détroit de Torres avant début octobre pour espérer avoir une météo favorable. Nous partons sur les coups de 11h30 le temps de finir de tout ranger. Un dernier pipi au bout du quai et on largue les amarres. Par manque de vent, nous débutons la navigation au moteur : nous savons que le vent devrait se lever rapidement.

Avec une telle météo nous voguons sur un lagon d’huile; pas une ride sur l’eau. Mais ce calme plat vient se faire perturber par un petit bijou de la nature. Comme pour nous dire au revoir, une famille de dauphins vient jouer à l’avant du bateau. Il y avait un bébé et deux adultes et, chose peu commune, ils se mettaient sur le flanc pour nous observer ! Nous croisions nos regards pour se juger, pour comprendre qui nous étions et ce que nous voulions. C’est comme si leurs grands yeux ronds pouvaient sonder notre âme pour savoir si nous étions bons ou mauvais. Un moment extraordinaire.

Pour autant, le vent ne se lève toujours pas et nous avançons au moteur le long de la côte Ouest. Nous voyons les rares lumières des communes de brousse s’allumer et défiler lentement. Nous longeons la Nouvelle-Calédonie peut-être pour la dernière fois de nos vies et nous reprenons vite nos marques à bord.

Le lendemain, le vent se lance et la vie à bord reprend son court habituel : le bruit des vagues, le bateau qui bouge, les quarts de nuit, le temps qui file sans que l’on s’en rende compte… une vie suspendue qui contraste énormément avec l’effervescence calédonienne. Les conditions sont bonnes mais variables : le vent n’est pas stable et nous oblige à être rigoureux avec les réglages des voiles si nous voulons avancer à bonne allure et au bon cap.

Mais nous avançons bien. Depuis les travaux et l’application du nouvel antifouling, le bateau glisse mieux sur l’eau et nous avançons plus vite. Il n’y a pas beaucoup de houle et la vie à bord est confortable. Mais cela ne va pas durer…

Très vite, le vent faiblit pendant que le soleil s’intensifie. Nous cuisons à petit feu sur le Noddi. Nous rougissons au soleil et ressortons notre amie la crème solaire. Nous attendons avec impatience que le vent reparte franchement mais ce petit jeu durera plusieurs jours. Nous avançons lentement mais sûrement vers le détroit de Torres qui ne semble plus si loin.

En plus du vent faible, d’autres petits désagréments viennent s’ajouter à notre quotidien. Déjà, petit à petit les fruits pourrissent. Ils devaient être de mauvaise qualité et on essaye donc de les manger au dernier moment pour les faire durer.

Fruits et légumes à bord de Noddi

Ensuite, la vache à eau de secours s’est aussi vidée en grande partie dans la cale… il nous reste plus que 20L de marge sur les 100L initiaux. Le bouchon semble s’être dévissé et nous perdons donc une partie de nos réserves en eaux douce. Heureusement, nous avions pris des bidons d’eau en plus. Nous prévoyons tout de même de récupérer de l’eau de pluie dès que l’occasion se présentera.

Pour finir, la frustration commence à monter car le vent continue de se jouer de nous alors que les prévisions météo restent favorables. Un coup il est travers, puis deux heures plus tard il est au portant, un coup il est fort puis ensuite il est quasiment inexistant… Il faut constamment faire des ajustements de voiles, hisser, affaler… Mais c’est la vie en mer : nous ne sommes que des spectateurs de mère nature.

Mis à part ces petits soucis, nous retrouvons aussi tous les spectacles qu’offre la mer: les oiseaux du large, les poissons volants, les nuits étoilées, les couchers de soleil flamboyants… Une nuit, j’ai même la chance d’observer une magnifique étoile filante ! Elle a fait un énorme flash puis sa traînée est restée quelques instants figée au milieu des étoiles; trop beau.

Enfin, en cette fin de première semaine de navigation, les conditions semblent s’arranger. Le vent s’est enfin levé et souffle droit vers le détroit. Nous avançons à bon train et nous ne sommes plus qu’à une petite semaine de l’étroit passage. Il y a aussi de plus en plus d’oiseaux dans le ciel: des fous, des pailles en queue et même de temps à autre des sortes de grosses hirondelles du large. Mais qui dit oiseaux dit aussi guano sur le pont et corvée nettoyage à la brosse; c’est aussi la part de malheur à payer pour voyager librement.

Maintenant que le vent s’est lancé et qu’il ne devrait plus baisser d’ici le détroit, nous voilà prêts à attaquer une nouvelle semaine de navigation.

Rendez-vous la semaine suivante pour la suite du périple.

2 Commentaires d’article de blog
  • Prost Jean-François
    septembre 25, 2022Répondre

    Toujours un beau récit de votre navigation. Ce qui nous perlet de vous suivre de près.

  • Severine
    septembre 24, 2022Répondre

    Bien de lire ce carnet.
    Bon vent et à très vite de vos nouvelles aventures 😉

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