Rénovations du bateau

Remise en état de l’arbre moteur

arbre-moteur-jybe

Confrontés à un bruit de roulement très important sur la ligne d’arbre du moteur durant le convoyage de Noddi du port des Lecques à Leucate, nous savons bien qu’un coup d’œil de ce côté-là s’impose.

Quelle ne fut pas notre surprise quand nous passâmes pour la première fois la tête dans la trappe d’accès dans la chambre arrière donnant une vue plongeante sur l’arrière du moteur ! Toutes les pièces sont très oxydées, il y a de la graisse partout, l’arbre est très dur à tourner… Du boulot nous attend.

La première étape consiste à désaccoupler l’arbre de l’inverseur. 8 boulons à dévisser, rien de bien méchant. Le joint homocinétique qui permet de rattraper les défauts d’alignement entre l’arbre et le moteur a donc un côté libre. On libère l’autre de la même façon et on sort cette pièce pesant près de 20 kg du fond de la cale moteur. 

Petit détail, et non des moindres, le moteur est posé au-dessus du puits de quille creux à cet endroit. Ce qui signifie que tout objet glissant sous le moteur ou l’arbre fini 1,5m plus bas dans une mare d’huile, d’essence et de crasse. Un vrai bonheur. Pour simplifier l’accès, on découpe aussi quelques cloisons en CP séparant les coffres du moteur. 

La pièce que nous identifions comme étant en plus mauvais état est un palier boulonné sur une plaque métallique, elle-même résinée sur la coque, et maintenant l’arbre moteur en aval du presse-étoupe. Ce roulement a beaucoup de jeu et fait du bruit. Son démontage est compliqué par l’impossibilité de dévisser les boulons le maintenant à la plaque métallique. On emploie donc encore une fois la méthode de brute : disqueuse. Mais ce coup-là c’est vraiment compliqué. Il s’agit de découper 2 boulons de 12mm de diamètre à bout de bras, en position allongée, sans rien voir, au-dessus d’une mare d’hydrocarbures, sans faire tomber la pièce. Par prudence je place un tissu trempé autour de la zone de travail afin de limiter la propagation des étincelles et je mets un extincteur à proximité.

Finalement tout se passe bien et je peux souffler. 

Après toutes ces émotions, on peut ouvrir le tourteau d’accouplement qui relie l’arbre passant dans le roulement à l’arbre d’hélice. 8 écrous et quelques coups de burins plus tard, l’arbre est libéré et le palier également. 

On enlève l’anode en bout d’arbre, puis l’hélice à l’aide d’un extracteur. Le presse-étoupe est démonté avec sa durite le reliant au tube d’étambot. Tant qu’à y être, on enlève le cache de la bague hydrolube pour y jeter un œil. Opération gagnante puisque la bague est très usée, à tel point que les cannelures de caoutchouc ont disparu, empêchant l’eau de lubrifier l’arbre et « soudant » ce dernier à la bague. C’était donc cette pièce qui empêchait l’arbre de tourner correctement. Elle est remplacée par une bague neuve. 

De son côté, le roulement fait un tour dans un atelier agricole pour être remplacé. Il nous revient bien roulant. 

Le joint homocinétique est en bon état, si ce n’est que les soufflets de cardan sont percés et ont laissé la graisse des rotules se répandre partout. Il faut donc démonter méticuleusement l’ensemble, remplacer les soufflets, re-graisser et remonter. 

Toutes les pièces sont remises à neuf à coup de brosse métallique et de peinture antirouille.

Le presse-étoupe, à tresse, en reçoit de nouvelles (4 comme d’origine) et sa durite est remplacée par une renforcée et plus longue. 

À force de passer du temps dans la cale, nous remarquons aussi que les silent block arrière du moteur ont disparu. L’axe en métal est toujours là, mais la butée en caoutchouc s’est fait manger par le temps. Tout cela ne nous arrange pas car il devient impossible de remettre en place l’arbre tant que ces pièces ne sont pas changées. 

On fabrique alors un système de grutage du moteur à l’aide d’une traverse en bois placée au-dessus du moteur, dans le cockpit. De la corde, quelques nœuds et un cric de voiture nous permettent de soulever le moteur suffisamment pour enlever les silent block dont le montage très singulier nous surprend. À l’évidence, nous ne trouverons jamais de pièces identiques.

Le paramètre important étant la hauteur du moteur par rapport à la coque, qui garantit l’alignement de ce dernier avec l’axe, nous les silent block modernes indiqués pour notre moteur et permettant de respecter ce paramètre. Pour les adapter sur le montage existant nous devons modifier la plaque de fixation et ajuster quelques autres détails. Le moteur est ensuite redescendu et fixé. 

Après ce contretemps, nous renfonçons l’arbre dans le tube d’étambot puis mettons en place le presse-étoupe. Le roulement est de son côté refixé sur la plaque métallique et nous prenons le soin de placer des butées en caoutchouc fabriquées maison entre les deux afin de limiter les vibrations. Le joint homocinétique est remis en place entre l’inverseur et le roulement. 

Ne reste plus alors qu’à enfoncer l’arbre côté hélice dans le tourteau d’accouplement du roulement. L’opération est compliquée car c’est un emmanchement conique. Elle est sûrement réalisée à l’origine avec une presse. Après plusieurs coups de masse infructueux, nous avons une idée. Nous plaçons deux entretoises métalliques de 2mm d’épaisseur dans chacune des fentes du tourteau. Puis nous serrons les écrous en sens inverse, ce qui permet de venir les bloquer au bout sur l’entretoise et d’écarter les mâchoires du tourteau. En gagnant ainsi du jeu et en enfonçant petit à petit l’arbre tout en serrant les écrous, nous arrivons à emmancher complètement l’arbre. Cerise sur le gâteau, l’encoche pour la vis pointeau tombe parfaitement en face du trou !

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