Société

Quelle place pour l’ingénieur de demain ?

La place de l'ingénieur de demain article jybe

Ingénieur, un terme à définir

Ingénieur : Personne dont les connaissances rendent apte à occuper des fonctions scientifiques ou techniques actives en vue de prévoir, créer, organiser, diriger, contrôler les travaux qui en découlent, ainsi qu’à y tenir un rôle de cadre.

Titre donné à quelqu’un qui a accompli certaines études et a obtenu un diplôme en vue de l’exercice de ce métier.

Il me semblait intéressant de commencer cette réflexion par la définition de l’ingénieur telle qu’elle figure dans le dictionnaire Larousse. Inspirée par l’histoire, cette description très large du métier d’ingénieur me paraît cependant creuse.

De tout temps, l’ingénierie a existé. En effet, les grandes constructions de l’Égypte antique nous prouvent déjà qu’une forme de savoir et d’organisation existaient dans les travaux entrepris. Plus tard, dans la Grèce antique, d’autres étudiaient le monde et construisaient des machines pour le modeler. Ces hommes, appelés généralement savants, n’ont alors pas encore le titre d’ingénieur. Néanmoins, leurs fonctions se rapprochent de la définition citée ci-dessus. En réalité, à ce moment-là, un ingénieur est une personne qui détient le savoir.

Ce n’est que bien plus tard, dans les années 1750, que le titre d’ingénieur va apparaître. Il désignera alors ceux qui exercent dans le secteur militaire : armement ou reconstruction des villes. En France, ce terme va évoluer jusqu’à nos jours pour devenir celui cité en introduction.

Je pense qu’il est important de rappeler que cette définition ne s’applique qu’en France. Dans le monde anglo-saxon, par exemple, le terme ‘engineer’ désigne plutôt un technicien. En réalité il n’y a pas de titre d’ingénieur il y a plutôt un niveau d’études reconnu. Cela a toute son importance ici car il dénote de l’importance sociale qu’a l’ingénieur dans la société française. En effet, un ingénieur est systématiquement cadre.

Maintenant que les présentations sont faites, rentrons dans le vif du sujet. Après 5 ans d’études d’ingénieur je devrais être capable de donner une définition du métier auquel celles-ci m’ont formé. Néanmoins, lorsqu’on m’interpellait hier ‘De toute façon on ne sait pas ce que ça signifie d’être ingénieur’ j’ai eu du mal à répondre. Un boulanger fait du pain, un mécano répare les voitures mais un ingénieur, aujourd’hui, on ne sait pas ce que ça fait.

Ensuite, j’ai consulté le dictionnaire pour essayer d’y voir plus clair. Même si la définition a beaucoup évolué au cours du temps, l’actuelle ne me convient toujours pas. Je la trouve trop restreinte et anachronique. Essayons donc de trouver une alternative.

Un ingénieur, qu’est-ce que ça fait ?

Tout d’abord, après 5 ans à user les bancs de l’école, je peux dire que l’élève-ingénieur apprend beaucoup de choses… Héritage historique et nécessité, l’ingénieur a besoin de maîtriser les techniques et théories qui lui permettront de résoudre les défis qui lui font face. La réponse qu’il apporte est déjà théorique, puis elle nécessite une mise en application concrète. Ainsi, durant les différentes phases de vie du projet, son travail généralement se résume au développement : développement technologique, développement économique, développement organisationnel, développement humain. Bien souvent, la mission qui lui est confiée permet la croissance économique de l’entreprise.

Or, dans un monde où cette croissance est remise en cause, l’ingénieur a-t-il encore sa place dans la société ?

Croissance & Décroissance

En économie, la croissance désigne l’évolution du PIB d’une année sur l’autre. D’une manière plus générale, elle correspond, pour une nation, à une augmentation soutenue et durable de la production de biens et de services appréhendés par des indicateurs comme le PIB. Le PIB lui mesure la production totale de biens et services réalisés à l’intérieur d’un pays pendant une période donnée. Ces 2 notions sont très importantes car elles représentent un état des lieux de la santé économique d’un pays.

Au-delà de ça, Le PIB est corrélé avec les ressources d’un pays. En effet si cette notion mesure la production de richesses, il faut alors aussi prendre en compte les ressources prélevées. Ces ressources, de plusieurs formes, sont finies aux échelles de temps qui sont celles d’un humain. Par exemple, la part de PIB produite par l’industrie pétrochimique est reliée à la ressource de pétrole présente dans le monde ; ressource qui arrive à ses limites.

On arrive ici à un paradoxe : dans un monde fini, où les ressources naturelles sont présentes dans des quantités finies, notre économie est faite pour tendre vers une croissance infinie. En réalité, puisque nos ressources sont finies, alors, la croissance l’est aussi.

Aujourd’hui, et face à la raréfaction des ressources naturelles, certains économistes imaginent la décroissance comme futur économique. Autrement dit, le futur ne se jouerait pas sur la surenchère technologique visant à préserver les ressources naturelles, mais plutôt sur la décroissance technologique.

L’ingénieur de demain

Déjà, je pense qu’il ne sera plus un outil au développement technologique mais plutôt à la transition qui nous attend. En effet, un des grands dilemmes de demain est d’assurer une transition technologique, économique et sociale qui ne soit pas synonyme de régression. En caricaturant le trait, cela signifie repenser la façon dont nous consommons, mettre l’environnement au centre des débats et donc utiliser et développer la technologie d’une autre façon.

L’ingénieur de demain sera plus que jamais inclut dans la société et dans la façon de la repenser. Je pense qu’il devra « sortir de ses bureaux ». Il n’agira plus pour le bénéfice d’une entreprise mais pour un objectif plus grand.

La responsabilité des écoles

C’est dans ce contexte que les écoles doivent former des ingénieurs. La charge est lourde et l’enjeu est grand. Certaines ont déjà commencé un changement dans leur cursus pédagogique. Quelques-unes ouvrent des cursus Low tech dans leur formation, d’autres se contentent d’une formation responsabilité sociale environnement et très récemment, une école dédiée à la low tech va ouvrir ses portes : la LowTech Skol

Cela étant dit je trouve ces efforts encore insuffisants pour appréhender le monde de demain. En effet, comment des écoles qui se calent sur un état du marché biaisé pour définir leur cursus pédagogique peuvent-elles avoir des ambitions écologiques fortes, en phase avec les objectifs environnementaux mondiaux ?

De plus, si l’ingénieur de demain doit s’inscrire dans la société, alors, tout comme avec les sciences, il se doit de la comprendre avant toute chose. Les écoles devraient alors aussi intégrer à leur cursus pédagogique des formations sur la société, son fonctionnement, sur l’économie et sur l’anthropologie.

La responsabilité des étudiants

Enfin, je me dois de terminer cet article en parlant des étudiants. Ce sont eux qui doivent définir l’ingénieur de demain. Ce seront à eux de construire le monde le futur.

De mon côté, j’ai réussi à trouver ma définition du métier: ‘Personne qui s’interroge sur le monde qui l’entoure et le réinvente’.

Beaucoup plus simple que la définition du Larousse n’est-ce pas ?

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