{"id":1884,"date":"2022-07-22T01:19:04","date_gmt":"2022-07-22T01:19:04","guid":{"rendered":"https:\/\/jybe.fr\/?p=1884"},"modified":"2022-07-22T02:40:11","modified_gmt":"2022-07-22T02:40:11","slug":"une-escale-aux-fidji-inattendue-partie-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jybe.fr\/en\/une-escale-aux-fidji-inattendue-partie-1\/","title":{"rendered":"Une escale aux Fidji inattendue &#8211; Partie 1"},"content":{"rendered":"<p>Certaines escales marquent plus que d&#8217;autres; les Fidji en font partis. La semaine derni\u00e8re, alors que nous faisions cap vers la Nouvelle-Cal\u00e9donie, un probl\u00e8me technique nous obligeait \u00e0 changer de route pour s&#8217;arr\u00eater dans cet archipel de 800 \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous arrivons le lundi matin t\u00f4t. Bien que la houle soit form\u00e9e, la passe permettant de rentrer dans la baie est large et il n&#8217;y a pas de courant. De vieux bateaux de p\u00eache \u00e9chou\u00e9s nous montrent la route \u00e0 ne pas suivre et nous avan\u00e7ons les yeux riv\u00e9s dessus. La ville est juste derri\u00e8re: quelques kilom\u00e8tres plus loin, nous voyons des buildings sortir du paysage, bord\u00e9s par le port commercial. D&#8217;\u00e9normes navires de fret sont au mouillage mais aussi un grand nombre de bateaux de p\u00eaches. Enfin, quand on parle de bateau, ils ressemblent plut\u00f4t \u00e0 des \u00e9paves. Les carcasses flottantes sont agglutin\u00e9es les unes aux autres et les coulures de rouille ainsi que leur \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral nous font penser \u00e0 des \u00e9paves flottantes. N\u00e9anmoins, nous voyons du monde \u00e0 bord et nous ne savons dire si ce sont des membres de d&#8217;\u00e9quipage, des squatteurs ou les deux.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1891\" srcset=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-300x200.jpg 300w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-768x513.jpg 768w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-2048x1368.jpg 2048w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-18x12.jpg 18w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-640x427.jpg 640w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-960x641.jpg 960w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-1280x855.jpg 1280w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4330-1680x1122.jpg 1680w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques \u00e9changes radio avec les autorit\u00e9s portuaires, nous avons l&#8217;autorisation de nous mettre \u00e0 la bou\u00e9e en face de la seule marina de la capitale. C&#8217;est l\u00e0 que les choses s\u00e9rieuses commencent. Nous avions besoin de refaire le plein des r\u00e9servoirs ainsi que de faire l&#8217;entretien du moteur. Seulement, avec le peu de fond qu&#8217;il y a, nous ne pouvons pas rentrer avec le bateau dans le port. Heureusement, avant m\u00eame que nous sortions l&#8217;annexe, un voisin de mouillage vient \u00e0 notre rencontre.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;homme s&#8217;appelle Meth, la cinquantaine environ et vit sur un vieux yacht \u00e0 moteur. Nous lui expliquons rapidement la raison de notre venue et il nous propose gentiment de faire le taxi pour nous emmener \u00e0 terre afin de remplir nos jerricans. Nous acceptons cette proposition et Emilien part avec le fidjien. Malheureusement, il revient seulement quelques minutes plus tard apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre fait refouler: il n&#8217;a pas le droit de poser les pieds \u00e0 terre tant que la clearance n&#8217;est pas faite. Ce n&#8217;est pas un probl\u00e8me pour Meth: il nous dit qu&#8217;il fera les allers-retours pour nous et qu&#8217;il remplira les jerricans pendant que nous resterons au bateau. Notre voisin se transforme donc en coursier et le plan marche parfaitement. En l&#8217;espace de deux heures, nous remplissons les r\u00e9servoirs et l&#8217;entretien du moteur est fait; nous pouvons repartir. Pour remercier Meth, nous lui donnons un masque de plong\u00e9e dont il avait besoin et nous lui faisons le plein d&#8217;essence. Il est midi et nous pr\u00e9voyons de manger avant de repartir; une d\u00e9cision qui aura un impact \u00e9norme sur notre escale.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1892\" srcset=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-300x200.jpg 300w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-768x513.jpg 768w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-2048x1368.jpg 2048w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-18x12.jpg 18w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-640x427.jpg 640w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-960x641.jpg 960w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-1280x855.jpg 1280w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4326-1680x1122.jpg 1680w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>Royal Suva Yacht Club<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Lucas \u00e9tait en train de faire \u00e0 manger lorsque le premier bateau des autorit\u00e9s fidjiennes vint \u00e0 nous. Il y avait dans la petite barque un jeune homme et une jeune femme, ainsi qu&#8217;un employ\u00e9 de la marina. Emilien le reconnu directement puisque c&#8217;\u00e9tait celui qui lui avait interdit de d\u00e9barquer plus t\u00f4t dans la matin\u00e9e. Les deux jeunes gens sont des officiels et viennent pour faire notre clearance d&#8217;entr\u00e9e. Nous leur r\u00e9pondons gentiment que nous repartons et que ce n&#8217;est donc pas n\u00e9cessaire. Apr\u00e8s une courte explication, ils repartent mais pas pour longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques minutes plus tard, la m\u00eame barque revient. Cette fois-ci l&#8217;\u00e9quipage a chang\u00e9 et l&#8217;ambiance aussi. Le bateau est rempli de diff\u00e9rentes personnes et nous comprenons vite que chacune repr\u00e9sente un bureau li\u00e9 \u00e0 la clearance. Cette fois-ci, pas moyen de discuter: nous voulons partir mais ce n&#8217;est pas possible car le protocole d&#8217;entr\u00e9e dans les eaux fidjiennes n&#8217;est pas respect\u00e9. Pour faire simple, nous sommes oblig\u00e9s de faire la clearance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment l\u00e0, nous savons que nous nous embarquons dans des d\u00e9marches compliqu\u00e9es : les Fidji sont extr\u00eamement stricts sur les d\u00e9marches et le processus est r\u00e9put\u00e9 comme long et fastidieux.&nbsp;<br>Nous commen\u00e7ons donc par la venue du repr\u00e9sentant du bureau de la sant\u00e9 pour v\u00e9rifier nos vaccinations covid. Une fois son passage, c&#8217;est le top d\u00e9part pour tous les autres services. L&#8217;immigration, les customs, la bios\u00e9curit\u00e9, la douane, la brigade cynophile&#8230; Tout le monde passe sur le bateau! Et oui, m\u00eame le chien de la douane, une premi\u00e8re pour Noddi qui n&#8217;avait jamais eu d&#8217;animal \u00e0 son bord. \u00c0 chaque fois, ce sont les m\u00eames questions qui sont pos\u00e9es et ils nous demandent de remplir des documents extr\u00eamement d\u00e9taill\u00e9s. Les policiers prennent des photos et filment la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s trois allers-retours des officiels il est 16h et ils nous informent qu&#8217;ils gardent nos passeports. Pour les r\u00e9cup\u00e9rer, nous devrons payer les frais de clearance et nous recevons des notes de frais provenant des bureaux \u00e0 r\u00e9gler. Malheureusement, nous ne pourrons pas faire cela ce soir et il faudra tout faire le lendemain matin. Cela signifie deux choses: nous ne partons plus et nous avons l&#8217;autorisation d&#8217;aller \u00e0 terre apr\u00e8s deux semaines de mer.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne mettons pas longtemps apr\u00e8s le d\u00e9part des officiels pour rejoindre la terre ferme. La marina est propre et en bon \u00e9tat malgr\u00e9 les bateaux \u00e9paves \u00e0 son entr\u00e9e. Dehors, l&#8217;ambiance est tout autre. La route est d\u00e9fonc\u00e9e et nous nous retrouvons \u00e0 marcher le long d&#8217;une route passante qui traverse une zone industrielle. Nous longeons la prison et divers commerces. La plupart des b\u00e2timents sont d\u00e9fra\u00eechis et l&#8217;\u00e9tat de la voirie est d\u00e9plorable. Si la marina \u00e9tait en bon \u00e9tat, son pourtour l&#8217;est beaucoup moins. Au bout de vingt minutes, nous arrivons dans le centre de la capitale des Fidji: Suva.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s notre arriv\u00e9e, une atmosph\u00e8re \u00e9trange et particuli\u00e8re se cr\u00e9e autour de nous. Bien que nous soyons toujours dans le Pacifique, rien \u00e0 voir avec la Polyn\u00e9sie fran\u00e7aise. Ici, nous sommes plong\u00e9s dans un bouillon urbain et les tumultes de la ville nous brutalisent apr\u00e8s deux semaines de mer. Sur notre gauche, diverses \u00e9choppes se succ\u00e8dent dans des b\u00e2timents en mauvais \u00e9tat. Cela va du magasin de tissus \u00e0 la poissonnerie en passant par le r\u00e9parateur de t\u00e9l\u00e9phone. Il y a \u00e9norm\u00e9ment de monde sur le trottoir et plusieurs fois nous nous faisons arr\u00eater par des passants qui nous disent bonjour. \u00c0 notre droite, le traffic est important et les voitures et bus filent \u00e0 toute vitesse.<\/p>\n\n\n\n<p>De vieilles Toyota Corolla et Prius filent \u00e0 toute allure et nous donne l&#8217;impression d&#8217;avoir fait un saut de 20 ans dans le pass\u00e9. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de cette rue, la gare routi\u00e8re est bond\u00e9e de monde; nous devons \u00eatre l&#8217;heure \u00e0 laquelle les gens d\u00e9bauchent. Les bus aussi sont particuliers: ils n&#8217;ont pas de fen\u00eatres et les soutes n&#8217;ont pas non plus de portes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Accol\u00e9 \u00e0 la gare, un immense march\u00e9 couvert tient place et nous y faisons forc\u00e9ment un tour. Bien souvent, lorsque nous arrivons quelque part, nous allons au march\u00e9: c&#8217;est un bon moyen pour commencer \u00e0 s&#8217;impr\u00e9gner d&#8217;une culture. Encore une fois&nbsp; nous ne sommes pas d\u00e9\u00e7u. Des dizaines de stands s&#8217;articulent sous le march\u00e9 mais aussi autour. Des montagnes des fruits sont l\u00e0, devant nos yeux, alors que nous n&#8217;en n&#8217;avions plus sur le bateau depuis quelques jours. Tomates, bananes, manioc, ananas, oignons, piments&#8230; il y a tellement de choses ! Et c&#8217;est sans parler des stands d&#8217;\u00e9pices et de fruits secs \u00e0 l&#8217;\u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1893\" srcset=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-300x200.jpg 300w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-768x513.jpg 768w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-2048x1368.jpg 2048w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-18x12.jpg 18w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-640x427.jpg 640w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-960x641.jpg 960w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-1280x855.jpg 1280w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/CLO4375-1680x1122.jpg 1680w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption>March\u00e9 de Suva<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tales nous attirent au moins autant que nous attirons le regard des locaux. Il faut les comprendre: trois petits blancs au milieu de cette effervescence, \u00e7a se remarque. Surtout que nous ne ressemblons pas d&#8217;un poil \u00e0 la population locale. Aux Fidji, il y a deux populations principales: les fidjiens et les indiens. Les fidjiens sont originaires de l&#8217;\u00eele avant que les britanniques n&#8217;en fasse une colonie. Ils sont plut\u00f4t gaillards, grands, les muscles saillants et ont le teint h\u00e2l\u00e9. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, les indiens sont arriv\u00e9s avec les britanniques car l&#8217;Inde \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une colonie. Ils ont la peau moins noire et sont globalement moins impressionnants physiquement. Tout \u00e7a pour dire qu&#8217;en gros, trois petits fran\u00e7ais typiques du sud de la France auraient du mal \u00e0 se confondre dans la masse. Surtout que nous ne sommes m\u00eame pas habill\u00e9s comme eux: beaucoup d&#8217;hommes portent des maillots de rugby \u00e0 l&#8217;effigie de clubs locaux ou de la NRL, le championnat principal de l&#8217;h\u00e9misph\u00e8re sud. Mais si ce n&#8217;\u00e9tait que \u00e7a nous pourrions encore passer inaper\u00e7u. Ce sont surtout les hommes habill\u00e9s en tenue de travail qui nous intriguent. Ici, rien \u00e0 voir avec un costume trois pi\u00e8ces: une chemise \u00e0 manches courtes et \u00e0 motifs rentr\u00e9e dans une sorte de jupe longue, le tout agr\u00e9ment\u00e9 de sandales noires. Voici la tenue &#8220;r\u00e9glementaire&#8221; de travail et des locaux nous le confirment bien. Donc vraiment impossible pour nous de nous confondre avec les fidjiens; et c&#8217;est tant mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Tant mieux car nous n&#8217;\u00e9chapperons pas \u00e0 l&#8217;\u0153il d&#8217;un passant. L&#8217;homme nous interpelle : il doit faire notre taille, sec et doit avoir environ 25 ans. Nous entamons la discussion avec l&#8217;inconnu qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous; Ben. Lorsqu&#8217;il apprend que nous sommes fran\u00e7ais et que nous sommes arriv\u00e9s en voilier, notre ami n&#8217;en revient pas: il nous pose mille questions et semble s&#8217;int\u00e9resser \u00e0 notre p\u00e9riple. Il nous demande ce que nous pr\u00e9voyons de faire en ville et lorsque nous lui r\u00e9pondons que nous n&#8217;avions rien de pr\u00e9vu en particulier, il nous propose de nous faire visiter, chose que nous acceptons avec grand plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ben est un grand bavard et un amoureux de son pays. Il a grandi \u00e0 Suva et conna\u00eet toutes les petites anecdotes que seuls les natifs doivent conna\u00eetre. Il nous emm\u00e8ne sur le bord de mer et nous explique que les bateaux \u00e9paves de p\u00eache ne sont en fait pas \u00e9paves. Pire encore, qu&#8217;il est d\u00e9j\u00e0 all\u00e9 p\u00eacher en mer des Salomon avec l&#8217;un d&#8217;eux pendant 4 mois ! C&#8217;est inimaginable: partir \u00e0 plusieurs milliers de kilom\u00e8tres pendant des mois dans une de ces bo\u00eetes de ferraille flottantes&#8230; de la folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, notre guide nous emm\u00e8ne dans la ville, pr\u00e8s d&#8217;un terrain de rugby ouvert \u00e0 tous au plein centre. Apparemment, sur les coups de 16h, tout le monde se rejoint ici pour jouer ensemble. Encore une chose qui nous fait penser que cette \u00eele est le paradis du rugby. Toutes ces personnes qui portent des maillots, les enfants qui marchent dans la rue le ballon \u00e0 la main, les terrains ouverts \u00e0 tous: bien plus qu&#8217;un sport, ici le rugby est une part de la culture, une fa\u00e7on de vivre, presque une religion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui nous frappe dans cette ville est aussi l&#8217;\u00e9clectisme architectural. D&#8217;une rue \u00e0 l&#8217;autre&nbsp;nous passons des petits immeubles d&#8217;un \u00e9tage dont les rez-de-chauss\u00e9e sont des \u00e9choppes, \u00e0 des buildings d&#8217;une petite dizaine d&#8217;\u00e9tages dont l&#8217;int\u00e9rieur est un centre commercial sur plusieurs niveaux. Une ville entre fa\u00e7ades d\u00e9fra\u00eechies et fa\u00e7ades de verre. Entre march\u00e9 traditionnel et supermarch\u00e9s consum\u00e9ristes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard dans la soir\u00e9e, Ben nous propose un deal. Nous avions faim et nous voulions manger un repas typique. C&#8217;est alors que notre ami nous propose de venir chez lui et sa femme pour manger et dormir. Il nous promet un repas typique: le lovo. Ce plat consiste \u00e0 faire cuire du poulet \u00e0 l&#8217;\u00e9touff\u00e9 dans des feuilles de banane \u00e0 l&#8217;aide de pierres chaudes dispos\u00e9es dans un trou. Ni une ni deux, nous acceptons l&#8217;offre, nous faisons des courses et nous nous dirigeons vers la gare des minibus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n&#8217;est pas ais\u00e9 de trouver de la place pour quatre gar\u00e7ons dans un minibus de quatorze si\u00e8ges, surtout dans la cohue g\u00e9n\u00e9rale qui survient \u00e0 la vue du v\u00e9hicule. Les gens se ruent sur le van et il nous faudra en voir partir plusieurs avant de r\u00e9ussir \u00e0 tous rentrer dans un; et si nous avions pu choisir, nous aurions quand m\u00eame pris celui-ci. Le minibus choisi est conduit par le Alain Prost local ! Barry White \u00e0 fond dans les oreilles, pied au plancher, le pilote nous fait sortir de la ville en un \u00e9clair. Tr\u00e8s vite, nous passons des immeubles aux maisons aux toits de t\u00f4les, puis aux champs. Suva est une toute petite capitale et en l&#8217;espace de 5 minutes, nous ne sommes plus dans la ville.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"403\" src=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/MINIBUS-STAND-750x403-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1900\" srcset=\"https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/MINIBUS-STAND-750x403-1.jpg 750w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/MINIBUS-STAND-750x403-1-300x161.jpg 300w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/MINIBUS-STAND-750x403-1-18x10.jpg 18w, https:\/\/jybe.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/MINIBUS-STAND-750x403-1-640x344.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><figcaption>Minibus Suva \u2014 Photo : Fiji Sun<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>Le conducteur roule tr\u00e8s vite. La vitesse est enivrante mais quelques virages coup\u00e9s et certains d\u00e9passements audacieux nous font rire nerveusement. Apr\u00e8s 25 minutes de trajet, nous descendons du van qui, sous ses airs de m\u00e9canique fatigu\u00e9e, nous aura bien surpris.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, nous ne sommes pas encore arriv\u00e9s. Nous marchons pendant 15 minutes sur une route qui lentement se transforme en chemin de terre puis en sillon entre des champs et des maisons sur pilotis. La zone est inondable nous confie Ben et donc, la plupart des maisons sont sur\u00e9lev\u00e9es. Avec Lucas, nos jambes nous font souffrir; apr\u00e8s 2 semaines sans marcher, cette journ\u00e9e met \u00e0 mal nos articulations et nos muscles. Heureusement, nous arrivons enfin chez Ben.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de Ben est comme \u00e0 son image: toute en simplicit\u00e9. Nous d\u00e9couvrons une baraque en bois, le toit fait de t\u00f4les ondul\u00e9es au milieu d&#8217;un jardin de hautes herbes. Plusieurs grenouilles sont sur le perron et de la lumi\u00e8re sort des fen\u00eatres grillag\u00e9es. Devant la porte, nous entendons un grand &#8220;daddyyyyyy&#8221;; c&#8217;est Benjamin, le fils de Ben qui court accueillir son p\u00e8re. Derri\u00e8re lui, nous voyons Milly, la femme de Ben, une jolie femme qui semble timide \u00e0 notre vue. Il faut dire que monsieur ne l&#8217;avait pas pr\u00e9venu mais, apr\u00e8s quelques explications, l&#8217;attitude de la femme change et elle nous accueille gentiment.<br>Tout comme l&#8217;ext\u00e9rieur, l&#8217;int\u00e9rieur est tout en simplicit\u00e9. Nous retrouvons dans le salon un canap\u00e9, deux fauteuils et un matelas pos\u00e9 sur un grand tapis de feuilles de cocotiers tress\u00e9es. Les murs sont faits de planches tout comme le sol qui est trou\u00e9 par endroits. Une des chambres est vide et la cuisine n&#8217;est pas vraiment plus meubl\u00e9e puisqu&#8217;on y retrouve une table qui sert de plan de travail, un meuble de rangement de vaisselle, un petit four et un r\u00e9chaud \u00e0 fuel qui sert pour la cuisine. Et c&#8217;est tout. Pas de table pour manger, pas de chaises, pas de t\u00e9l\u00e9vision, pas d&#8217;horloge&#8230; il n&#8217;y a rien d&#8217;autre. Pourtant, malgr\u00e9 cela, une ambiance chaleureuse se d\u00e9gage de cette maison. Nous nous y sentons bien et Ben et Milly font tout pour nous accueillir au mieux possible, aussi simplement qu&#8217;ils le peuvent. Cette gentillesse nous fait chaud au c\u0153ur et me rappelle Lorena et Christopher au Costa Rica qui nous avaient accueillis dans leur maison avec Lucas. D\u00e8s le premier soir nous nous sentions chez nous et nous retrouvons cela ici, chez le couple fidjien. Une profonde chaleur humaine se d\u00e9gage de nos h\u00f4tes et milles meubles ne pourraient pas reproduire ce sentiment l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement, nous nous mettons \u00e0 cuisiner. Nous aidons Ben \u00e0 \u00e9plucher du manioc pour qu&#8217;il le mette \u00e0 cuire dans de l&#8217;eau. Pour la suite, c&#8217;est Milly qui s&#8217;en occupe mais nous ne l&#8217;aiderons pas: Ben a d&#8217;autres plans pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sortons de la maison pieds nus en le suivant car nous allons apparemment chez un de ses amis qui est fermier. Nous sentons les graviers sous nos pieds, puis la terre, la boue qui glisse entre nos orteils, les herbes qui frottent sur nos mollets. Que c&#8217;est bon de ressentir tout cela. Nous suivons Ben dans l&#8217;obscurit\u00e9, entre les champs, pour tomber sur une petite cabane. C&#8217;est l\u00e0 que vie l&#8217;inconnu qui ne tarde pas \u00e0 sortir. Tout comme Milly, il est \u00e9tonn\u00e9 de rencontrer des Fran\u00e7ais, qui plus est avec Ben, encore plus sur ses terres. L&#8217;homme est tr\u00e8s sympathique et avec Ben, ils nous forment \u00e0 quelques rudiments de fidjien, notamment le fameux &#8220;bula&#8221; que tout le monde nous dit depuis le d\u00e9but et qui signifie &#8220;bonjour&#8221;. Que c&#8217;est agr\u00e9able de se laisser porter par les \u00e9v\u00e9nements. Quelques heures auparavant nous esp\u00e9rions quitter le pays le plus rapidement possible et maintenant nous vivons r\u00e9ellement l&#8217;\u00e9mission &#8220;J&#8217;irais dormir chez vous&#8221;. Nous suivons des inconnus chez eux, nous leur faisons confiance et nous nous confrontons \u00e0 une partie de leur quotidien. Nous rencontrons leur famille, leurs amis et nous visitons l\u00e0 o\u00f9 ils vivent. Tout peut aller si vite en l&#8217;espace de quatre heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois la petite troupe rentr\u00e9e chez notre h\u00f4te, nous discutons dehors toute la soir\u00e9e. Un autre ami vient, un rugbyman, c&#8217;est donc tout \u00e0 fait naturellement que nous discutons du meilleur sport du monde. Un peu plus tard, dans la soir\u00e9e, le repas arrive enfin. Qu&#8217;est-ce que nous avions faim! L&#8217;odeur est divine et le plat qui s&#8217;offre \u00e0 nous, nous donne l&#8217;eau \u00e0 la bouche: du poulet avec des oignons grill\u00e9s dessus, le jus, le manioc&#8230; tout y est. Nous d\u00e9vorons le poulet et trempons le manioc dans le jus comme si c&#8217;\u00e9tait du pain pour saucer. \u00c9milien se d\u00e9couvre m\u00eame un amour fou pour ce tubercule. Nous n&#8217;avions pas mang\u00e9 de viande et de nourriture fra\u00eeche depuis longtemps ! Bien que nous essayons de <a href=\"https:\/\/jybe.fr\/en\/cuisiner-sur-un-voilier-en-mer\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\" title=\"HORS S\u00c9RIE N\u00b02 \u2013 Cuisine en \u00e9quilibre\">bien cuisiner \u00e0 bord du Noddi<\/a>, rien de comparable \u00e0 la cuisine \u00e0 terre, surtout si elle est faite avec amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le ventre bien rempli, nous ne mettrons pas longtemps avant d&#8217;aller dormir. Nous nous installons par terre, dans le salon, sur le tapis de feuilles tress\u00e9es. Le matelas a disparu : Milly l&#8217;a pris pour dormir dans une chambre avec son fils pendant que Ben nous accompagne et dort par terre, comme les enfants font \u00e0 une soir\u00e9e pyjama. Apr\u00e8s un bon fou rire, nous nous endormons confortablement sur un sol immobile et terminons enfin cette journ\u00e9e riche en rebondissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Story to be continued...&nbsp;<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Certaines escales marquent plus que d&#8217;autres; les Fidji en font partis. La semaine derni\u00e8re, alors que nous faisions cap vers la Nouvelle-Cal\u00e9donie, un probl\u00e8me technique nous obligeait \u00e0 changer de route pour s&#8217;arr\u00eater dans cet archipel de 800 \u00eeles. Nous arrivons le lundi matin t\u00f4t. 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